0 Je n'ai pas peur de la route, faudra voir, faut qu'on y goûte 0



Je m'en vais.
Prenez le comme un fugue ou une fuite, mais c'est un voyage. Je n'ai pas laissé de lettre ni même un fragment de mot. Je n'ai pas voulu que l'instrument sonne faux. Et ce soir je marche sur cette longue route, je n'en vois pas la fin. C'est une surprise des étoiles, elles se sont éteintes pour leur vieux père. Elles me suivent depuis de longues années, elles ont vu les rides creuser mon visage. Mes vieilles jambes ont tenté de me convaincre, mes os m'ont supplié. Mais le c½ur n'y était plus, la vie ne m'appartenait plus et ces heures se gaussaient de mon spleen. J'ai laissé femme et enfants, j'ai laissé mon vieux fusils et mon chapeau. La folie ne prévient pas, elle vous prend les yeux, vous serre les entrailles et s'immisce dans votre labyrinthe. Ce soir je marche seul et le ciel m'asperge de remords, ils me trempent et me change de saison. Je suis nu, la terre est noire. La route est dure et longue. Je regrette ... Je regrette le chemin qui s'ouvre devant moi et m'éloigne. Mais que faire ?

Je suis fou.







00Mains Sâles ©00

# Posté le samedi 19 juillet 2008 07:34

Modifié le samedi 15 novembre 2008 18:29

0 L'éveil 0

0 L'éveil ✿0


Je veux ouvrir mes yeux.
Je tire sur mes paupières, encore un peu. Mes longs cils noirs laissent place à l'azur. Mes menottes s'agitent et sert la couverture en laine qui me borde. Où suis-je ? Où est ce corps chaud et cette odeur maternelle qui me rassure tant. Je pédale dans le vide avec mes petits pieds, je gigote et au coin de mes lèvres perlent une bulle minuscule. Sous mon agitation, une créature râpeuse aux longues oreilles bascule à mes côtés et me chuchote à l'oreille une chanson douce. Silencieux, je cesse de bouger et écoute ces murmures et cette douceur qui m'apaise. Je serre une oreille au creux de mon poings et la mordille. Une ombre s'approche et m'enveloppe, me caresse. Quelle volupté et délice, le cou de maman.







00Mains Sâles ©00
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# Posté le samedi 19 juillet 2008 07:10

Modifié le lundi 21 juillet 2008 15:45

0 Elle 0

0 Elle ✿0
Elle,

Il pose ses mains sur sa peau nue, ses doigts s'envolent sur sa douceur. Il fait prisonnier ses petits seins, qu'il cueille aux creux de ses paumes. Il l'enveloppe de ses bras et s'enivre de son parfum cruel. Ses baisers se meurent sur cette femme aimée, qu'il chérit de caresses félines. Cette étreinte charnelle, secrète car elle dort si sensible. Sa joue se pose sur son nombril, tendu par un petit d'homme qui, blotti dans sa mère câline, ne cesse de conquérir son c½ur. Des sanglots l'agitent, alors que des larmes viennent mourir sur douceur et tendresse.






00Mains Sâles ©00

# Posté le jeudi 26 juin 2008 16:24

Modifié le samedi 19 juillet 2008 07:11

0 La lune est pleine et on ne sait pas qui l'a mise dans cet état. 0

0 La lune est pleine et on ne sait pas qui l'a mise dans cet état. ✿0
Mains Sâles ©

Aux pieds de la vie.





Tout p'tit gamin aux pieds du toboggan. Les autres l'ont déjà essayé, ils sont déjà montés tout en haut. Le toboggan en a vomi des gosses comme toi, pas plus grands, pas plus malins. Ils ont glissé sur sa grosse langue rouge. Leurs petites fesses potelées ont amorti la chute. Ce miroir de boue, au pieds du géant rouge, reflète leurs frimousses cramoisi par le jeu. Tes p'tits poings essuies tes joues couvertes de crasses et de larmes. Tu es tout débraillé gamin, cesse de pleurnicher. La peur ça se maîtrise, apprivoise ton angoisse. Tes lacets sont défais et ta chemise débraillée, aller p'tite tête. Pose tes menottes sur le grand rouge. J'suis là.


Tout p'tit gamin aux pieds du toboggan.





00Mains Sâles ©00

# Posté le jeudi 26 juin 2008 12:03

Modifié le jeudi 26 juin 2008 12:25

0 Un vieux soldat sait souffrir et se taire sans murmurer. 0

0 Un vieux soldat sait souffrir et se taire sans murmurer. ✿0
Soldat anonyme.

Le fusil à la main et l'½il rond fixé sur le champ de bataille. Cet orchestre de l'enfer, du fer qui s'affronte et des balles qui sifflent, tintent dans ma tête. L'odeur de la terre humide et du sang qui l'imbibe. Je ne suis qu'un soldat de plomb, mon casque sur les oreilles et mon c½ur bien accroché. Mes pieds enflent dans mes chaussures et je transpire la peur. Des gars me frôlent, me poussent, me hurlent des ordres diaboliques. La terre explose à gauche, s'ouvre à droite. L'herbe vole avec les nuages et les arbres se mettent en marche. J'entends la sirène, le cors qui hurle à la mort. Mon visage est noir, mon sang est ében, je mords la poussière et je me nourris de violence. Du pourpre dans le jardin d'éden.

Un pieds après l'autre, je m'en vais au combat.

00Mains Sâles ©00

# Posté le mercredi 25 juin 2008 06:01

Modifié le mercredi 25 juin 2008 06:54